Pierre D.

Nous n’avons pour le moment presque aucune information concernant cet homme d’une cinquantaine d’années, décédé le 3 avril 2017 au 14 rue Jacques Kellner, avec un bracelet d’hôpital au poignet.

Mercredi 05/04

Le 5 avril, nous nous sommes rendus au 14 rue Jacques Kellner, mon binôme et moi, pour y poser deux affiches à sa mémoire. Au milieu de la rue, une petite allée de promenade nous a prêté un arbre pour y déposer l’affiche, ainsi qu’une rose de couleur rouge.

Le quartier était presque vide.

Alors, un homme avec un chapeau s’est arrêté, lui aussi semblait-il, à la rue, qui avait ses affaires posées sur un banc à quelques mètres de là. Nous avons un peu causé, il ne connaissait pas de Pierre. Il est resté devant l’arbre cependant, tandis qu’un ouvrier en gilet orange, qui se tenait les yeux béants, à une légère distance de nous, s’arrêtait à son tour. Il était silencieux, regardait l’affiche fixement et puis, il est reparti ; et nous ne l’avons pas revu ensuite.

L’homme au chapeau a essayé de parler avec nous. « Avez-vous des ciseaux, monsieur ? », lui a-t-on demandé, timides, embarrassés, avec un fil blanc qui n’en finissait pas. C’était que nous souhaitions nous servir de ce dernier pour fixer l’affiche et que, pour notre première journée, nous avions oublié de prendre de quoi faire.

L’homme au chapeau nous a tendu son briquet : « Quoi ? un briquet ? – Monsieur, vous ne comprenez pas. » Il continuait le même geste, s’obstinait, et d’ailleurs, il faisait mine d’allumer un briquet invisible, dans le vide tandis que nous mimions quant à nous des ciseaux, en fendant le vent, pour nous faire comprendre : « Non, il n’a pas ce que nous cherchons. »

Le fil s’empêtrait, tout tordu, la conversation était balbutiante, de telle sorte que l’on avait l’impression que le monsieur n’avait pas tout à fait compris ce que nous lui demandions ; il faisait encore de petits gestes ostentatoires comme pour allumer une flamme invisible, tantôt avec son véritable briquet, tantôt avec quelque chose qui n’existait pas.

Et nous, nous continuions de démêler le fil, nous le tirions même, chacun d’un côté, mais il n’y avait pas moyen, pour fixer l’affiche, de le couper entièrement.

Après quelques bredouillements confus, l’homme au chapeau s’est éloigné. Nous nous sommes approchés d’un banc, et nous cherchions toujours une solution pour prendre un peu de fil sans lame de ciseau. « Allons demander dans le Franprix. – Ce sont des commerçants, ils ne voudront pas. » Nous nous sommes tus pendant un instant.

« Le feu d’un briquet, m’a dit mon binôme, pourrait servir à couper. Oui, le monsieur savait de quoi il parlait. »

Le vent soufflait fort cette après-midi-là, et la flamme de notre briquet ne cessait de s’éteindre, après avoir tenu toute droite, en tremblant, pendant quelques secondes. Nous avons enclenché le briquet plusieurs fois, la flamme s’éteignait ; l’une de nos roses, que nous avions posée sur le blanc, était tombée, à cause du vent, dans la poussière du chemin de promenade.

Enfin, la flamme a jailli, une petite trace marronnâtre est apparue sur le fil blanc.

« Ce n’est qu’une trace, il ne s’est pas coupé. »

Il a fallu un dernier effort, tirer des deux côtés pour que le fil se coupe.

Et nous avons fixé l’affiche.

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Après quoi l’homme au chapeau qui depuis quelques minutes tournait en rond d’un pas hésitant, non loin de là, est revenu vers nous :

« Quand ? … quand cela aura-t-il lieu ? » nous a-t-il demandé tout à coup tandis que nous accrochions la rose entre les fils.

Et là, un nouveau dialogue a commencé, pendant lequel l’homme au chapeau psalmodiait avec insistance le mot quand. Mon binôme et moi répétions des formules de politesse, les mêmes Oui, oui, parfois nous tournant de trois quarts l’un vers l’autre pour échanger quelques mots à demi-voix : « Que veut-il dire ?  – Pourquoi est-ce qu’il répète toujours le mot quand ? – Il demande la date des obsèques. » Et nous tournant vers le monsieur : « Vous demandez n’est-ce pas, quand auront lieu les funérailles ?… les obsèques, n’est-ce pas ?… les funérailles ? »

« Et demain ? et demain ? », a demandé l’homme au chapeau en réarticulant plusieurs fois la même question, sans se soucier de la nôtre.

« En vérité, monsieur, il n’y a pas de demain, a dit l’un d’entre nous, puisque cet homme est mort, je ne comprends pas très bien… En fait, vous demandez la date de l’enterrement ? »

Après avoir dit un simple « oui », l’homme au chapeau est resté planté sur ses deux pieds devant l’arbre. Il y a eu un silence, pendant lequel il n’a pas bougé de sa place. Mon binôme et moi, nous tremblions de froid, nous remuions les pieds ; nous regardions sur le côté, nous esquissions des gestes tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche, cherchant un moyen de nous dégager de la conversation. Nous avions terminé de fixer la rose.

«Nous n’avons pas, monsieur, cette information-là malheureusement. »

L’homme au chapeau a baissé la tête, en haussant les épaules ; son regard s’est noyé dans le vide.

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Avec ses mêmes grands yeux fixes, il  nous a recommandé avant que nous partions de nous rendre au Franprix, puis d’une démarche nonchalante, il s’est dirigé vers le banc où étaient posées ses affaires, pour continuer d’errer en traînant des pieds tout autour, comme un spectre, et la tête lourdement penchée en avant.

Nous nous sommes rendus dans le magasin.

Le caissier était sur le point de s’occuper d’une cliente. Dès que ce dernier nous a aperçus, nous avons formulé notre question encore une fois.

Nous avons montré du doigt la rue vide, la façade grise et nue du 14 rue Jacques Kellner : « Le connaissiez-vous, ce Pierre ? – Non, je suis désolé, je n’ai jamais vu personne. »

La cliente, une femme trentenaire aux cheveux châtains, avait écouté toute notre conversation en hochant pensivement la tête. « Moi non plus, a-t-elle dit, je n’ai jamais vu personne. Et pourtant, je passe ici tous les jours. – Personne ? – Non, personne qui soit habitué à dormir là. Après, j’imagine bien que ces gens-là se déplacent beaucoup, je veux dire qu’ils ne sont pas toujours au même endroit… quand ils dorment dehors. »

Tous les quatre, nous étions tournés dans la même direction et l’on apercevait à travers la grande baie vitrée du magasin, l’extérieur. L’après-midi avançait et le ciel était si nuageux que l’ensemble du quartier était plongé dans une ombre froide.

«Il était peut-être de passage, a poursuivi la cliente. Il n’était peut-être ici que pour la nuit et pour mourir… Je ne l’avais jamais vu auparavant. »

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*

*              *

Nous avons appris également de la part du caissier qu’un homme, avait dormi dans le quartier pendant quelques temps, mais était parti au début de l’hiver, qu’on n’en avait pas revu la trace depuis trois ou quatre mois.

Mais nous n’avons rencontré personne d’autre en fixant la seconde affiche à la mémoire de cet homme qui s’appelait peut-être Pierre.

Mercredi 19/04

Je suis revenue seule le mercredi 19 avril pour prendre quelques photos des lieux, ayant oublié d’en faire, excepté trois ou quatre, par formalité, lorsque j’étais avec mon binôme. Je ne savais pas comment rendre hommage à cet homme que par raccourci, j’appelais parfois lui-même Jacques Kellner.

Le mercredi 19 avril, le temps n’était pas semblable à celui qui est décrit dans mon texte, mais ensoleillé et les rues alentours étaient devenues un peu plus remplies d’habitants du quartier désœuvrés, débraillés, marchant d’un pas lent, le regard perdu ou discutant entre eux ; j’ai essayé de prendre quelques photographies pendant environ un quart d’heure, çà et là, avec l’écran noir de l’appareil photo du Collectif à la main sur lequel le soleil de l’après-midi imprimait des reflets violents – ils me faisaient prendre mes photos sans en deviner tout à fait la couleur exacte.

Au bout d’un quart d’heure, je me suis décidée à prendre mon smartphone ; et la rue s’est offerte à mes yeux, ses pigeons qui faisaient des va-et-vient en balançant la nuque, entre ciel et terre, son chantier pour le gaz de France, ses barrières, ses grilles verticales, ses innombrables débris, ses tuyaux enchevêtrés les uns dans les autre, ses tessons de bouteille, ses grandes bâches blanches posées sur les gravats entassés, cachés en-dessous, comme sous de lourds linceuls pâles, et ses pétales de cerisier tourbillonnant dans le vent, avec des plumes sales venues d’on ne sait où dans la poussière du chantier en cours, dont les ouvriers étaient absents.

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J’ai parcouru la rue Jacques Kellner, je me suis arrêtée au numéro 14, près du panneau St Ange ; je ne suis pas restée longtemps sur le seuil. Je me suis promenée dans le square qui se trouvait au milieu de la rue, et tournant les yeux de part et d’autre, j’y ai vu des enfants jouer avec de grands cris ; les arbres étaient en fleurs, les mères, un sourire dessiné sur leur visage endormi, étaient tranquillement assises sur les bancs.

A la sortie du square, j’ai rencontré une poubelle remplie de feuilles mortes et privée de son sac plastique, toute penchée, dépouillée, comme une cage thoracique.

Puis, je suis repartie en direction du 14 rue Jacques Kellner. Les arbres inscrivaient de grandes ombres grises sur la bande de verdure – celle qui scinde en deux la rue Jacques Kellner -, où nous avions fixé l’affiche ; au moment où je suis revenue près de celle-ci, tous les oiseaux étaient partis.

Dans les rais de soleil qui striaient la poussière et le béton, par intervalles, on voyait leurs silhouettes noires déployer leurs ailes.

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Je suis retournée près du 14 rue Jacques Kellner. A l’extérieur de l’immeuble, j’ai remarqué une porte noire, sur le côté, que je n’avais pas aperçue auparavant, avec les inscriptions suivantes dessinées à la craie : « ALONE MEATBOY ». Près de moi, une colonne et devant moi, le panneau tendu vers le ciel : «Vers St Ange » :

« Est-ce là que Pierre… » me suis-je demandée à moi-même, tandis qu’un homme d’une quarantaine d’années s’approchait de moi.

Il portait un lourd trousseau de clefs suspendu lâchement autour de son cou.

« Bonjour monsieur, vous êtes le concierge de l’immeuble ? – Non, mademoiselle. – Je l’ai cru en voyant vos clefs… lui ai-je répondu. C’est là que Pierre… – C’est là que Pierre, dites-vous ? m’a demandé l’homme au trousseau de clefs. Que cherchez-vous, mademoiselle ? – Je cherche à rendre hommage à Pierre, ou peut-être qu’il ne s’appelle pas Pierre, lui ai-je répondu. Je suis du Collectif les Morts de la rue, je suis volontaire en service civique ; je photographie les lieux pour rendre hommage à un homme qui est mort au 14 rue Jacques Kellner. – C’est là que j’habite, m’a répondu l’homme au trousseau de clefs. J’habite au 14 rue Jacques Kellner », puis il m’a montrée la porte noire :

« Un homme est mort ici. »

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Il a voulu pousser la porte pour me faire entrer :

« Ce n’est pas nécessaire, monsieur. – Vous êtes sûre que vous ne voulez pas entrer ? il s’agit du local à poubelles. »

La porte était verrouillée, refermée sur le local à poubelles, quelques instants après n’ayant plus rien à nous dire l’homme au trousseau et moi, nous nous quittions.

Je n’ai pas voulu prendre de photo supplémentaire après celle de la porte du local, que vous trouverez ici parmi les autres. Mais sur le chemin du retour, alors que je regardais rêveusement le chemin St Ange, plongé dans l’ombre, et étroitement blotti entre les immeubles – ce qui explique pourquoi je ne l’avais pas vu lors de mes précédents allées-venues – j’ai manqué de marcher sur un oiseau mort ; j’ai attendu avant de prendre ma dernière photographie et de monter dans le métro en direction de Saint-Lazare qu’un enfant de cinq ans qui riait bruyamment, enjambât le corps sans vie, pour quitter le champ de mon appareil.

Nous n’avons pas appris davantage sur cet homme de la rue Jacques Kellner pour le moment.

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Lundi 24/04

L’identité de Pierre âgé de cinquante-quatre ans a été confirmée par l’une de nos sources.

Si vous pensez connaître Pierre, n’hésitez pas à contacter le Collectif.

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M., 41 ans

Le 30 décembre 2016, M., un sans-abri, décédait aux Champs-Elysées. Il avait 41 ans.

Il y a des lieux où poser des affiches se révèle plus troublant que d’autres. Les Champs-Elysées sont de ceux-ci. Tomber dans l’opposition bête et méchante est vain, en plus d’être stupide. Difficile, pourtant, de ne pas céder à cette facilité tant le contraste avec cet étalage de richesse est criant. Désespérant même, lorsqu’après quatre affiches, personne n’a encore pris la peine de s’arrêter. On est le 3 janvier, la nuit est tombée très rapidement et il pleut. La magie de Noël ne perdure plus que pour les touristes. Les passants, eux, ont cet air morose des lendemains de fête arrivés sans crier gare.

En bas de l’avenue, c’est le branle-bas de combat : on démonte le village de Noël. Sur le côté, un arbre idéalement placé pour la cinquième affiche. Le temps de la nouer, me voilà face-à-face avec un grand soldat de bois oublié dans la pagaille du déménagement. C’est le premier à s’arrêter – le seul. Ses grands yeux noirs lisent et relisent sans concession : « Un homme, sans domicile fixe, est décédé le 30 décembre… » Une dame – de chair et d’os, elle – s’approche. Lit l’affiche. Son visage ne réagit pas. « Ça ne me concerne pas ! », lance-t-elle. Il s’éclaire par contre à la vue du soldat de bois. Elle l’entoure d’un bras, sourit en grand, et fait un selfie. Si elle avait utilisé l’autre objectif de son téléphone, c’est l’affiche qui serait apparue sur son écran. Satisfaite, elle reprend sa route en contemplant sa photo. Le soldat reste. Son regard implacable brûlerait presque. « C’est ça, être humain ? »

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Seuls deux témoignages arriveront jusqu’au Collectif. Celui d’une riveraine, qui avait tenté de l’aider mais le connaissait très peu. Et celui d’une jeune femme. A., son amie depuis 7 ans. De ce qu’elle raconte, M. semble avoir eu une vie tissée de drames. « Il était très malheureux. J’ai essayé de l’aider comme j’ai pu, parce que je l’adorais, explique-t-elle. Il me défendait. C’était un cœur, un ange. Il défendait tout le monde mais ne savait pas se protéger lui-même. » Jusqu’au bout, A. aura essayé de le sauver.

À l’endroit où M. s’est donné la mort, un autel improvisé : sa casquette et deux magnifiques bouquets de fleurs – des roses rouges. Il les avaient offertes à son amie le 30 décembre.

Franck, 56 ans

Le 19 octobre dernier, Franck décédait trois jours après avoir été percuté par une voiture rue de Tolbiac. Sans-abri, il avait 56 ans. 

Les passants sont nombreux à s’arrêter pour lire les affiches en son hommage. « Il faisait partie du groupe qui est très souvent dans les parages ? Il était comment ? » D’après ce que l’on sait, c’est bien le cas. Mais nous ne connaissons rien de son physique pour l’instant. A l’arrêt « Patay-Tolbiac » du bus 62, un riverain prête main forte pour nouer l’affiche. « Je ne le connaissais pas mais j’étais présent au moment de l’accident, explique-t-il. Je me souviens notamment d’un de ses jeunes amis qui a assisté à la scène et qui semblait très affecté. » Un peu plus loin, deux personnes assises qui pourraient peut-être faire partie de ce groupe d’amis. « Franck ? Bien sûr ! C’était mon ami. Parce que vous le connaissiez vous peut-être ? » Le ton d’Anouchka se fait d’abord sec et inquisiteur, presque agressif. Ses yeux se voilent de larmes et de colère. Après quelques minutes de discussion, elle se radoucit et nous conduit auprès d’un autre ami de Franck, Karl.

Ils tiennent à retourner sur le lieu de l’accident. « C’est ici qu’il faut mettre une affiche », martèle Anouchka. Avec précaution, nous nous affairons autour de l’arbre. D’après eux, ses couleurs préférées étaient le rouge et le vert. Ce sera donc un ruban de chaque. Ils contiennent avec peine leur émotion et leur incompréhension. Poser une affiche, c’est somme toute dérisoire. Mais c’est une petite action qui répond comme elle peut à l’impuissance. Aujourd’hui tout particulièrement. Karl et Anouchka refont le film mille fois, cherchent des responsabilités, et tentent de faire le tri entre les versions de chacun et les rumeurs qui circulent. Personne ne les a vraiment tenus au courant depuis le 19 octobre. Et Karl de répéter en boucle : « C’était un bon gars, c’était un bon gars…»

Une semaine après, retour rue de Tolbiac et première rencontre avec Sophie, en grande conversation avec Anouchka. Franck pouvait beaucoup boire, mais même quand c’était le cas, il faisait toujours extrêmement attention en traversant. « Il ne faisait jamais de conneries à ce niveau-là. Jamais », scandent-elles d’une même voix. L’une de leurs connaissances communes a pour habitude de danser au milieu des voitures lorsqu’elle est saoule. C’était Franck qui allait la rattraper sur la chaussée pour la ramener vers le trottoir. Il ne rigolait pas avec ça. Du coup, Anouchka et Sophie, qui n’ont pas assisté à la scène, ne comprennent ni ne reconnaissent Franck dans le récit qui leur a été fait.

Pour elles, il n’y a qu’une explication possible : il était sonné par les coups qu’il venait de recevoir lors d’une bagarre, qui a eu lieu quelques minutes avant l’accident. Titubant sous le choc, il se serait mis à traverser n’importe comment. Les questions laissent peu à peu place aux souvenirs partagés.  « C’était quelqu’un de bien, affirme Anouchka. Il ne voyait pas le mal, peut-être presque un peu naïf. » Sophie rebondit, un petit sourire en coin : « Oui, mais quand il voulait, il savait bien mener son monde. C’était un comédien hors-pair ! » Sophie et Franck était inséparables. Elle alterne entre brusquerie et larmes aux yeux quand elle parle de lui. Parfois, elle quitte la conversation sans prévenir puis revient deux minutes après.

Ce serait à la suite d’un douloureux divorce que la descente aux enfers a commencé pour Franck. Père, « il parlait toujours de ses enfants avec beaucoup d’amour » d’après Sophie. Difficile de savoir s’il était encore en contact régulier avec eux. En tout cas, William, son frère, ne connaissait pas sa situation et n’avait plus de nouvelles depuis 3 ans : «Il m’avait alors laissé un message sur mon fixe, mais sans aucun numéro pour le recontacter… », explique-t-il au téléphone. Lui aussi se souvient d’un homme « un peu trop bon ». « Il se serait démuni de tout pour quelqu’un qu’il venait de rencontrer », insiste-t-il. William évoque avec plaisir le souvenir du vrai grand frère que Franck a été pour lui. « Il adorait la moto, c’est lui qui m’a transmis sa passion et ouvert à ce monde. Sa première, il l’a eue à 18 ans. J’avais 3 ans de moins, je me mettais derrière et il m’embarquait partout. Il me faisait sortir et rencontrer ses copains. » Boulanger de métier, Franck « préparait aussi de très bonnes pâtisseries », souligne-t-il. « Quand il avait sa propre boulangerie, on s’y retrouvait tous les trois le dimanche avec notre petit frère. » Des souvenirs heureux, à entendre sa voix.

À Paris, Franck continuait à travailler dans des boulangeries du quartier à Tolbiac. Pendant une période, il a pu dormir dans un local de service de l’une d’elles, selon Anouchka. « Mais il couchait entre la farine et les rats, c’était indigne. À sa place, j’aurais encore préféré dormir dehors. » Grâce à ça, il avait réussi à mettre plus de 2000 euros de côté pour se sortir de la rue. Guitariste, pianiste, bassiste, Franck avait l’air d’être un personnage. « C’était quelqu’un de très rock’n’roll, il avait 20 ans dans sa tête », sourit Sophie. Anouchka poursuit en riant : « Il fallait le voir ! Il tenait à toujours être bien habillé et propre sur lui : casquette à l’envers, jean Levi’s et baskets All Star. Ça ne se voyait pas qu’il était à la rue. » Un jour, un passant l’avait interpellé : « Vous portez des Ray-Ban et vous faites la manche ? » Franck lui avait répondu avec étonnement : « Bah oui ! Et pourquoi pas ?! »

 

 

 

Alain, 53 ans

Alain occupait depuis de nombreuses années un abri de fortune place Jules-Hénaffe dans le 14e arrondissement de Paris. Il est mort à l’hôpital le 21 octobre 2016. Il avait 53 ans.

La  galère et sa maison de bâches, Alain les partageait avec Nana depuis des années. Impensable de poser des affiches en sa mémoire si elle n’est pas en accord avec la démarche. La rencontre se fait en présence d’associations qui les connaissaient bien : pour Action Froid, Laurent et pour les Enfants du Canal, Clément et Robert. Décrite par tous comme une femme de caractère, c’est d’abord l’abattement qui se lit sur son visage en ce matin d’octobre. Le regard, lui, reste combattif et ne s’en laisse pas conter. Nana lit le texte, lève les yeux et nous regarde. Le relit une seconde fois, marque un temps de pause et accepte d’un hochement de tête. La première affiche sera pour ce bel arbre qui se dresse près de leur abri de fortune et du terminus du bus 88. Il faut être deux pour y nouer les rubans. Robert se propose tandis que Nana surveille du coin de l’oeil si la pose de l’affiche se fait bien dans le respect d’Alain. Elle a l’air satisfaite, c’est tout ce qui importe. Six autres affiches accrochées ce jour-là, et pas d’autres rencontres.

C’est d’abord Micheline qui fait sonner le téléphone du Collectif. La voix est joyeuse et le souvenir aussi. Avec ses collègues conducteurs du bus 88, elle connaissait Alain depuis 10 ans. « On passait tous du temps avec Nana et lui, on rigolait bien. On ne veut pas le laisser partir comme ça. Je peux emmener Nana aux obsèques en voiture ; je prendrai ma journée si la date le permet. » Nana choisira finalement de ne pas y assister, mais reste très entourée par les gens du quartier. Les conducteurs du bus 88 la soutiennent aussi dans son deuil et gardent toujours un œil sur ses affaires.

Les témoignages d’hommage nous parviennent en nombre. Christelle, qui a habité le quartier, se rappelle : « Les premiers temps, on se disait juste bonjour. Puis après, nos conversations pouvaient durer jusqu’à une ou deux heures. On parlait de tout, et même de choses vraiment intimes. Il était très souvent de bonne humeur malgré la grande difficulté de sa situation, c’était frappant. Il cherchait l’échange avec les gens. » Alain évoquait son école, son enfance, sa maman qui lui préparait des plats. « Ma maman m’a appris à être propre », aimait-il à dire. Ses pêchés mignons ? «Les éclairs au chocolat et les crêpes !, se souvient une voisine. Quand j’en faisais, je lui en apportais. » Il suivait l’actualité de près, lisait son journal tous les jours et écoutait assidûment la radio. Lors de son hospitalisation, une habitante était venue lui apporter un poste car ça lui manquait. Isabelle, qui l’avait connu et aidé il y a une petite dizaine d’années, se souvient « d’un petit « coquin » sachant écouter, assimiler, rire et partager ». Elle ajoute : « L’alcool lui jouait des tours de colère mais Nana le calmait. C’était une équipe improbable et très agréable. Ils avaient toujours le mot, la parole, le sourire pour échanger. » Alain ne mendiait pas et ne demandait pas le RSA. Il avait entre autres travaillé dans la mécanique et était resté très bon mécanicien. Avec sa caisse à outils, il réparait les vélos des gens du quartier.

Christelle nous envoie deux portraits de lui. Il a de grands sourcils noirs. Dans son regard, de la résignation, dénuée de ressentiment. Ainsi qu’une candeur qui tranche étrangement avec le contexte. Les traits de son visage marquent un étonnement à focaliser l’attention de l’objectif. Et surtout, trahissent son épuisement. Un habitant du quartier explique qu’Alain se savait très malade et n’avait plus goût à rien ces derniers temps : « Il m’a dit qu’il se laissait mourir. »

Une semaine après, certaines affiches ont été décorées de fleurs par des anonymes. Devant l’asile de bâches d’Alain et Nana, un beau bouquet. A quelques mètres de là, rien ne semble pouvoir troubler les gigantesques travaux en cours rue de la Tombe Issoire. On y construit un campus pour l’ENS et l’Ecole d’Economie de Paris.


Les obsèques d’Alain se sont déroulées le 8 novembre dernier. Pas de famille présente mais des habitants du quartier et des bénévoles des Enfants du Canal, de la Croix Rouge, de la Protection civile et d’Action Froid. C’est une personne du quartier qui a pris la parole pour lui rendre hommage. Tous ont ensuite partagé les souvenirs qu’ils garderont de lui.

N’ayant pas pu se libérer le jour même, Micheline et ses collègues de la ligne 88 se sont rendus ensemble une semaine après au cimetière parisien de Thiais. Ils y ont déposé une splendide gerbe de fleurs à la mémoire de celui qui, pendant des années, a égayé leur pause café entre deux nouveaux départs de bus.

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Antony, 47 ans

Le 14 octobre dernier, un homme sans-abri de 47 ans est mort devant le 5 rue Simart, dans le 18e arrondissement à Paris. Il s’appelait Antony.


Aux alentours du 5 rue Simart, quasiment aucun arbre ; les affiches seront peu nombreuses. Bien qu’elle risque de ne pas faire long feu, il faut en mettre une à la gouttière qui longe le porche du numéro 5 – éphémère sans doute, mais symbolique. À quelques dizaines de mètres, un arbre de la placette à l’entrée de la rue Marcadet servira de point d’ancrage à la deuxième. Et puis il y a cet énorme chêne sur le boulevard Barbès, juste au croisement de la rue Simart. S’il y a bien un endroit où elle sera vue, c’est ici. Emplacement idéal s’il en est, impossible malgré tout de l’attacher seule : mes bras devraient être au moins deux fois plus longs pour entourer le  tronc.

Au feu, une femme et un homme avec une poussette discutent. Ce dernier accepte tout de suite d’aider à la manœuvre ; c’est au moment où il plaque fermement l’affiche sur l’arbre qu’il en découvre le contenu. Le regard qu’il lance hésite entre incompréhension et solennité : ce n’est plus un petit coup de main anodin. Idem pour les passants pressés qui ont stoppé leur course le temps d’un instant, intrigués par notre drôle d’entreprise. Que croyaient-ils découvrir en s’arrêtant ? Sûrement pas ça. Un à un, les visages arborent une brusque gravité à mesure qu’ils comprennent. Personne ne semble connaître Antony. Mais personne, non plus, n’ose vraiment reprendre son chemin une fois la lecture finie. Tous marquent un temps de pause. Une réponse face à l’impuissance ?

Rencontrer Antony

Aucune information aujourd’hui. Il faut laisser les affiches faire leur travail. De retour sur place trois jours après, c’est d’abord le découragement. Boulevard Barbès et rue Simart, les affiches ont été arrachées. Seuls restent les rubans bleus et marrons, toujours solidement noués, et une tige dépouillée de sa rose orange. L’espoir renaît contre toute attente à l’approche de la rue Marcadet. On peut apercevoir au loin que l’affiche est toujours là… accompagnée d’une autre. Pas de certitude car le texte est rédigé en tamoul, mais cela ressemble à un faire-part de décès, avec, au centre de la page colorée, la photo d’un  homme, cerclée d’un médaillon. Seules informations accessibles immédiatement : deux dates, 08/08/1969-14/10/2016. Et soudain, le réflexe absurde de vouloir répondre à un portrait de papier : « Bonjour, nous nous rencontrons enfin. » C’était donc lui, Antony ?

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D’après des voisins, il y aurait un groupe de sans-abri tamouls qui dorment souvent à deux pas, devant le siège social de Médecins du Monde. Nous espérons les rencontrer et, qui sait, en apprendre plus sur Antony. Mais impossible de les trouver. À défaut d’obtenir des informations le concernant, nous trouvons une aide très précieuse. En effet, une salariée de l’association nous propose d’envoyer la photo de l’affiche à des traducteurs travaillant pour eux.

Traduction de rue

De retour dehors, nous tombons sur un nouveau faire-part, en tamoul aussi, mais qui indique un numéro de téléphone portable français. C’est là que nous faisons la connaissance d’une passante qui connaissait très bien Antony. Elle parle tamoul et commence à nous le traduire. Devant se rendre sur son lieu de travail, elle écourte notre conversation mais nous laisse tout de même ses coordonnées afin de continuer la traduction ultérieurement.

C’est lors d’un entretien téléphonique qu’elle nous raconte qu’Antony était en contact avec des proches qui lui venaient quelques fois en aide. Elle nous explique qu’elle lui fournissait de quoi se nourrir, se couvrir, mais aussi une oreille attentive à qui parler. Elle nous le décrit comme étant une personne assez sympathique et très réservée au premier abord. Mais gentil et assez prévenant. D’après elle, il avait un groupe d’amis avec qui il se déplaçait assez souvent. Ils avaient réussi à dénicher un canapé clic-clac sur lequel ils dormaient tous ensemble la plupart du temps. Récemment, il leur avait été dérobé et ils s’étaient depuis établis devant Médecins du Monde. Grâce à ce témoignage, nous commençons peu à peu à reconstituer une partie du puzzle.

Ensuite, nous décidons de retourner au 5 rue Simart pour récolter quelques témoignages sur les lieux du décès d’Antony. Nous faisons la rencontre d’une employée du pressing qui nous fait le récit de sa triste découverte. C’est à la fin de sa journée de travail qu’elle a vu Antony allongé sur le trottoir. Inquiète, elle a tout de suite prévenu son mari, venu la récupérer ce jour-là. Ils ont essayé de le réveiller puis de le réanimer. Face à l’échec de leur tentative, ils ont prévenu les secours. Une fois sur les lieux, eux non plus n’ont rien pu faire.

Après ce difficile témoignage nous décidons de rentrer au Collectif. Notre collègue réussit à joindre le numéro relevé sur l’affiche. C’est bien la famille qui s’occupera de ses funérailles.

PIERRE, 53 ANS

Voici le portrait d’un homme que nous avons commencé à écrire le jour où nous ne pouvions plus le rencontrer. Cet homme, c’est Pierre. Décédé à l’âge de 53 ans le 7 septembre 2016, dans un parking à Montparnasse. Si nous cherchons à raconter son histoire aujourd’hui, c’est que Pierre est mort sans-abri. Mais avant tout, et comme tous ceux dont nous tentons d’esquisser le chemin, retrouver des bribes de vie, Pierre était tout simplement un homme – qui a marqué tout un quartier. Lire la suite

Maxime LEDOUX, 59 ans

Monsieur Maxime LEDOUX âgé de 59 ans, né à Leningrad, est décédé le 26 août 2016 sur un banc du square du Cardinal-Wyszinski dans le 14eme arrondissement de Paris. Il a été retrouvé par un groupe de jeunes. Maxime était un habitué des lieux, il y passait ses journées.

Dans l’espoir d’en apprendre plus sur lui, nous nous sommes déplacées dans ce quartier afin d’informer le voisinage de son décès.

C’est en face de la fontaine que Madame N. est venue à notre rencontre par curiosité en nous voyant mettre des affiches agrémentées de roses blanches sur les arbres du square. Après avoir lu notre message elle semblait révoltée. Selon elle, quelques semaines avant sa disparition M. LEDOUX avait été évacué du square par les forces de l’ordre, elle s’inquiétait de fait qu’il ne puisse pas retrouver d’endroit pour dormir. C’est peinée qu’elle nous raconte se souvenir de lui comme étant une personne agréable, attentionnée, adorant sa chienne Charly (qu’il avait surnommée Charline). En effet, il lui proposait régulièrement de promener sa chienne dans les alentours du square afin qu’elle puisse s’asseoir tranquillement pour reposer son genou malade. Cependant elle avait remarqué récemment qu’il était quelques fois colérique, replié sur lui-même et agressif.

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Source photo : lesmamans.fr

À l’instar de Madame N., Lydie, une riveraine, avait remarqué le changement d’attitude de Maxime. Selon elle, « il n’allait pas bien moralement […] car il s’était fait voler des affaires personnelles ». Elle ajoute: « Il est vraiment triste de penser qu’en plus de leur conditions difficiles de vie, ces personnes vivent également des agressions ». Lydie nous a également apporté son témoignage sur lui: « Depuis un an, grâce aux promenades avec mon chien, je croisais Maxime et son amie sur un banc (avant le square du Cardinal-Wyszinski). Au printemps, il avait disparu brusquement laissant son amie catastrophée, aussi j’avais fait des recherches (hôpitaux, décès, mairie…) pour la rassurer. Il était réapparu suite à une hospitalisation […]. Maintenant, quand je passe, j’ai une pensée pour lui à qui j’adressais toujours un sourire et parfois quelques mots (pas souvent car il n’était pas bavard et écoutait la radio). Une personne en moins qui répondra à mon sourire […]. Maxime, repose en paix. ». Les permanents du Collectif Les Morts de la rue ont pu être en lien avec un lieu de soin qu’il a fréquenté des années. Son amie, qui fréquentait aussi ce lieu, allait le voir tous les jours dans le 14eme. Après le temps des soins, Maxime n’a pas souhaité rejoindre l’hébergement qui lui était proposé.

Enfin, nous avons reçu un second témoignage de la part d’une autre riveraine qui semblait attristée de constater le décès de M. LEDOUX. Récemment, elle s’inquiétait de ne plus le voir. Elle a tout d’abord pensé qu’il était parti en « vadrouille » avec ses amis avec qui il passait du temps sur le parvis de l’église en face du square. Puis ne le voyant pas revenir elle a fini par penser qu’il avait définitivement quitté le quartier. C’est en voyant notre affiche près de la station de vélib’ que Madame S. a su qu’il était décédé.

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Source photo : lartnouveau.com

Malgré nos recherches, nous n’avons malheureusement pas réussi à en savoir davantage sur la personne qu’était Maxime. Néanmoins grâce aux témoignages des riverains nous avons pu reconstituer une petite partie de sa personnalité.

Nous venons d’apprendre que Monsieur Maxime LEDOUX sera inhumé le lundi 17 octobre 2016 au matin. Sa famille et ses proches n’ont pas été retrouvés. Des personnes de notre association seront présentes. Si vous souhaitez nous y rejoindre, veuillez nous contacter au 01.42.45.08.01 ou par mail à civique.mortsdelarue@orange.fr

©Collectif Les Morts de la Rue

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L’homme d’Anvers ..

Un homme âgé de 58 ans est décédé le 19 Juin 2016. Il a été retrouvé mort sur un banc en face du 84, Boulevard Rochechouart dans le 18ème arrondissement de Paris .

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Le 21 Juin nous nous sommes donc rendus sur les lieux du décès pour y déposer quelques affiches. Sans aucune nouvelle nous y sommes retournés le 27 Juin en espérant y trouver  des témoins. Mais rien : nous sommes restés assis à peu près 1 heure sur le banc en attendant que quelqu’un vienne nous parler, sans succès. A ce jour nous avons malheureusement aucune information sur cet homme.DSCF0708

Une personne a laissé un petit mot sur l’une des affiches « Une photo aiderait » .. Oui certainement. Nous aussi nous aurions aimé pouvoir mettre un visage sur cette affiche mais nous n’en avons malheureusement pas. Par ailleurs une collègue a essayé d’avoir des informations complémentaires sur cette personne mais malheureusement le commissariat du 18ème n’a pas pu nous donner suite. Avec le peu d’informations que nous avons nous avons quand même essayé d’écrire un petit texte en sa mémoire en espérant en savoir plus sur son identité dans les semaines a venir .

Nous espérons qu’il a été identifié , que sa famille et ses amis pourront être prévenus …

Gilles G. 50 ans

Gilles, un homme de 50 ans,  est décédé le 14 Mai 2016, dans un sanatorium a Bris-sous-Forges.

Suite aux informations reçues, il fréquentait souvent la rue Budapest située près de la gare Saint-Lazare dans le 9ème arrondissement de Paris. Le 23 Mai, nous nous sommes rendu là-bas pour y coller quelques affiches et demander aux commerçants s’ils le connaissaient.

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Arrivés sur place, petite rue avec beaucoup de restaurants, donc beaucoup de passage, il n’y avait pas d’arbres pour pouvoir y mettre les affiches, nous avons alors demandé du scotch à un travailleur et avons collé une affiche sur un mur. J’ai essayé de parler avec un commerçant mais il se disait occupé. Nous nous sommes donc adressé à un homme, SDF de la rue, qui lui nous disait qu’il venait d’arriver dans le quartier et ne connait donc pas Gilles.

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Le 31 Juillet nous sommes retourné à la gare Saint-Lazare. Nous y avons laissé quelques affiches, ensuite nous sommes allé rue Budapest pour essayer d’avoir plus d’informations. Il y avait encore le commerçant qui se disait dérangé la dernière fois,  mais cette fois-ci, il a accepté de nous parler : « Oui, je le connais, il était gentil et sociable, parfois juste un peu bourré mais bon, il était quand même gentil, il venait souvent ici mendier. » A coté du stand de ce monsieur, se trouvait un homme SDF différent de celui de la dernière fois.  Nous sommes allé à sa rencontre. Il nous a expliqué à peu près la même chose que le commerçant mais il a juste ajouté que Gilles était là la journée et rentrait le soir, mais il ne savait pas où.

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Gille d’après les témoignages était un homme agréable,  apprécié,  qui  ne  gênait   personne.

On retiendra comme image de lui à la fois son sourire et celui qu’il a laissé sur les visages des personnes qu’ils le connaissaient .

 

Kiri-Nikolav, 42 ans

Kiri-Nikolav, né en 1974, donc âgé de 42 ans, est décédé le 2 Mai 2016 à proximité du Monoprix situé Boulevard de la Madeleine dans le 9éme arrondissement de Paris.

 

Nous nous sommes alors rendu 9 Boulevard de la Madeleine, quartier où Kiri-Nikolav vivait, pour y laisser quelques affiches au cas où une connaissance passerait par là et nous donnerait des informations sur lui.

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nous sommes aussi allé dans le Monoprix où Kiri-Nikolav restait, mais dans ce Monoprix on s’attendait surtout à rencontrer un certain vigile du supermarché qui en période de grand froid avait laissé rentrer Kiri-Nikolav  , mais malheureusement nous n’avons pas trouvé notre ami au bon cœur .

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  Depuis la dernière fois nous n’avons pas eu de nouvelle information de la part de personnes qui auraient pu le connaitre, là où il restait la plupart de son temps, mais ce qu’il faut retenir c’est que il y a eu encore un homme mort dans les rues de Paris sans que cela choque la majorité des habitants et cela fait un effet étrange,  à savoir que nous serions peut être en train de nous habituer au décès d’humain, comme vous et nous ?

  Nous félicitons ce brave homme, vigile au monoprix boulevard de la Madeleine qui a su retrouver son côté humain, en laissant rentrer Kiri-Nikolav dans le Monoprix en période de grands froid pour qu’il se réchauffe, ce geste parait anodin même plutôt normal mais contrairement aux apparences, se fait de plus en plus rare.

 

Kiri-Nikolav ne devait pas être un homme méchant ni désagréable,

en espérant lui avoir rendu un  hommage respectable pour lui et peut être ses proches .