Charles, 62 ans

Charles, comme on l’appelait, on ne connaissait pas son vrai nom, natif de Hongrie il est décédé a 62 ans le 26 avril 2018, il passait la plupart de son temps dans le quartier de l’Europe dans le 8ème, là où il mendiait, où il vivait.

A l’angle du boulevard Malesherbes et de la rue Monceau, devant un bâtiment désaffecté, c’est là où il mendiait, mais aussi qu’il aidait.

Un employé d’en face, à la poste le décrivait comme serviable. Ayant eu vent de son décès, celui-ci nous affiche un air hagard, une autre association l’ayant déjà contacté auparavant, pour avoir des renseignements sur le défunt.

Les clients l’appréciaient, il faisait des brins de nettoyages pour le bien commun des alentours, il intégrait le paysage du quartier.

Le salarié le saluait, au loin, autant de matins qu’il le voyait.

D’après lui-même, il ne parlait pas beaucoup, mais correctement le français. Il restait dans le sas d’entrée pendant les périodes de froid, avec la bonne volonté des employés, pour qu’il puisse reprendre des forces.

Nous accrochions à la barrière devant la Poste, une affiche lui rendant hommage, force est de constater que, juste après notre départ, une personne âgée la regardait attentivement, mais nous, nous l’avons regardé partir.

Notre seconde escale se déroulait quelques rues plus loin devant un supermarché de quartier, c’était son second lieu de manche, rues étroites et sens unique de circulation.

Nous y entrions, sans savoir à qui parler, nous nous présentions au gérant qui alimentait les rayons, confus de notre requête mais bien attentionné, il nous propose de parler directement à une employée de caisse, qui affectionnait le plus Charles dans les locaux.

« Oui, je vois ! Charles il venait acheter des flasques de vodka avec son ami Laszlo » le tout en brandissant un sourire.

Il était « Franchement sympa », les clients du magasin lui donnaient à manger, c’était un habitué qui venait souvent.

Et d’un entrain de souvenir elle nous enjoint à aller dans un restaurant casher, au coin de la rue ou Charles avait ses habitudes. Le manager en retrait et à l’écoute nous propose de nous y emmener, je lui propose, en retour, d’accrocher une affiche devant son magasin, il acquiesce.

Nous arrivons à la bonne rue, elle est comblée de restaurants ! aucun voile d’ombrage ne désigne un restaurant casher, dans le doute, on se dirige vers le plus proche.

On se présente à une femme qui travaille, accoudée pour nous écouter, elle nous rétorque, qu’elle le connaissait, mais ne voyait pas comment nous aider. Apercevant une requête spéciale, le patron s’approche, curieux et demande de la reformuler pour lui.

D’un coup d’émotion, il nous relate « je ne peux rien pour vous, j’étais là pour l’aider et ça depuis 20 ans, nous lui avons tout donné, des doudounes, un coin pour se réchauffer, nous avons assez donné pour lui, ma mission s’est terminée quand il s’est noyé, mais on s’est noyé en même temps que lui, j’ai fait ce que j’ai pu ».

Une pensée alors, me traverse l’esprit, celle de lui rétorquer que nous allons faire ce que l’ont peut, je me suis senti un peu ridicule. Il nous accompagne à la sortie, nous le remercions, il en fait de même.

Soucieux de savoir ou mettre l’affiche, et en admettant que les restaurateurs en avaient déjà fait assez, nous remarquons que dans ce quartier en travaux, rien n’est bien optimal pour accueillir notre affiche, la rue étant en travaux, et la plupart des édifices étant trop éphémères pour nous faire penser qu’une affiche ne soit pas vite disparue.

Résolus à aller une rue plus loin pour chercher un endroit idéal pour finaliser la mission, se baladant, on surprend un homme occupé à manger, assis sur une marche unique qui mène à un local minuscule.

Après une requête pour avoir des informations sur Charles, exposant un air interrogatif, il répondit avec un fort accent d’Europe de l’Est qu’il le connaissait, il nous date son décès en levant une main avec un air certain, comme si c’était ressassé.

« Charles ne mangeait pas, ne buvait pas, ne se soignait pas » tout en nous montrant son auriculaire pour nous le représenter.

Dur de se faire comprendre, tentant de lui demander s’il pouvait nous emmener voir Laszlo, l’ami fidèle de Charles, avec qui il achetait des flasques de vodka, pour avoir un témoignage. Il hoche la tête formellement, lâche sa fourchette, se lève, claque la porte de son local derrière lui.

« On y va ».

Laissant sa barquette de nourriture par terre, devant la marche

D’un pas assuré, il nous amène présumément a Laszlo, on le suit un peu hésitant,

« Ou va t’on ? C’est loin ? » se dit-on, pas le courage de lui demander, ça serait impoli, comme lors d’un départ en vacances véhiculé ou le cadet de la famille répète « c’est quand qu’on arrive? »  alors qu’on marchait depuis a peine 3 minutes.

Une riveraine s’approche de notre guide « Bonjour Laszlo, je suis très émue de ce qui vous est arrivé, je pense fort à vous ».

Effarés ! la personne qu’on cherchait depuis le supermarché était avec nous. Dans un souci de barrière linguistique, il y a eu incompréhension.

On ne cherchait plus Laszlo, mais celui-ci allait nous donner le témoignage demandé et nous oriente sous un porche, quelques cartons entreposés avec des bouteilles d’eau.

C’est là que Charles dormait.

Il nous parle très rapidement de ses 16 ans d’amitié, et autant de vagabondages avec lui, il se sera arrêté là, partant, nous laisse seuls face à ce porche.

En finalité, ceux qui le connaissaient le mieux, en parlaient le moins.

Nous avions mission de fixer la dernière affiche à place du marché, nous avons préféré la mettre sous ce porche à quelques pas du restaurant, et à quelques minutes de Laszlo.

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Une réflexion sur “Charles, 62 ans

  1. Gonzales dit :

    Merci de votre travail…Monsieur Charles , je ne vous connais pas ? mais je pense à vous et vous reconnais en tant qu’humain…! Tristement marie-jo

    J'aime

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