Oleg

Oleg est décédé le 27 janvier 2016. Tout le monde le connaissait dans son quartier, à l’angle des rues Haxo et Surmelin, dans le 20ème arrondissement. Biélorusse de 60 ans, Oleg a fuit le régime de son pays il y a une dizaine d’années.

01 février 2016

Dessin tente

Nous recevons un coup de téléphone d’une personne du quartier souhaitant avoir des informations sur les obsèques d’Oleg, dont le décès est annoncé par l’affiche d’un riverain anonyme. Cette personne ne voulant pas afficher son numéro sur l’arbre, nous lui proposons de servir de relais entre les habitants du quartier en mettant des affiches avec le numéro du collectif. Accompagnés aujourd’hui par Camille, stagiaire au collectif, nous nous rendons près de l’arbre où Oleg dormait dans sa tente. Plusieurs affiches et dessins sont déjà accrochés à l’arbre, ainsi que beaucoup de fleurs. Les dessins viennent d’enfants du quartier, qui visiblement aimaient beaucoup Oleg. Nous sommes surpris par une photo accrochée à l’arbre. Oleg ne paraissait pas son âge et avait l’air en bonne santé.attroupement Énormément de gens du quartier s’arrêtent devant l’arbre toutes les 2 minutes, c’est très émouvant… Nous ne sommes pas trop de trois pour écouter ces personnes.

Oleg ne buvait pas, mangeait bien – notamment grâce aux riverains -, se lavait tous les matins, changeait régulièrement de tente ; il était discret et ne demandait rien à personne, mis à part des produits d’hygiène. Gentil, pas dérangeant ; il aimait lire. Il était danseur d’opéra en Biélorussie, pendant 18 ans.

Il était dans le quartier depuis au moins 8 ans, nous dit-on au café juste en face ; mais était placé devant une boutique un peu plus loin auparavant. Cela faisait apparemment 3 mois que sa tente était vide car il a passé les dernières semaines à l’hôpital Tenon. C’est un couple d’octogénaire qui l’y ont emmené. Ils étaient très proches d’Oleg depuis longtemps. Beaucoup étaient étonnés et attristés d’apprendre son décès.

Beaucoup de riverains et d’amis lui ont rendu un hommage le samedi matin suivant, à l’endroit où était sa tente.

Tente Oleg google street juin 2015.jpg
Sur Google Street View, la tente d’Oleg est toujours à sa place (photo de juin 2015)

9 février 2016

Midi, après un rapide passage au collectif, nous sortons pour nous rendre rue Surmelin ; vent fort et pluie depuis ce matin, le temps se déchaîne quand nous sommes en chemin, et nous oblige à nous abriter un moment. Un véritable mémorial prend maintenant place à l’endroit où était la tente d’Oleg, avec deux petites tables où se trouvent livre d’or, fleurs et bougies. Quelques affiches un peu décollées, fleurs et pots de bougies renversés. Malgré la tempête, il a tenu le coup.

Sur notre affiche, un petit mot est rajouté, disant que ce n’était pas à notre collectif de s’occuper des hommages et obsèques d’Oleg puisqu’il n’est pas mort dans la rue mais à l’hôpital. Le rôle du collectif Les Morts de la Rue est cependant d’accompagner dignement les gens de la rue à leur mort ainsi que leurs proches. Nous ne limitons pas notre action aux morts sur le trottoir. Nous sommes désolés que notre démarche n’ai pas été comprise de tous et n’avons en aucun cas voulu nous approprier les hommages rendus à Oleg.

Malgré le temps, des voisins continuent de s’arrêter.

dragon sur l'arbre.jpg

Nous discutons un bon moment avec deux personnes ; un monsieur très triste qui se sentait proche de lui, et une dame, qui nous apprend qu’une cérémonie dans une église orthodoxe aura lieu le lundi suivant. Elle nous parle également d’un autre mémorial, devant le rectorat sur l’avenue  Gambetta où Oleg passait beaucoup de temps.

La-bas encore, fleurs et photos décorent l’espace public.

rectorat

 


Maena et Sam

 

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Une réflexion sur “Oleg

  1. il y a aussi eu ces téléphones reçus :

    un jeune homme le connaissait depuis son enfance. « quand j’allais lui apporter à manger, ce n’était pas ça l’important : il m’écoutait et ça me rendait bien. Il avait une force. c’est le Bond Dieu qui l’a mis sur mon chemin. c’était pas facile ce qu’il vivait ».

    une dame : « j’étais inquiète quand je ne l’ai plus vu. on s’occupait de lui. Un quartier entier prenait soin de lui, un quartier autour de lui. c’était quelqu’un de lumineux. un regard impressionnant : il était très beau. Une douceur, un regard profond : une belle âme.  »

    une autre personne : « il avait toujours le sourire : il disait « moi je suis optimiste ». une dame lui rachetait sa tente quand elle était abîmée, je lui apportais des vêtements et un peu d’argent. si je lui donnais 5 euros, il me disait « c’est trop ». C’était un homme aimé. « 

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