Vladimirs

Vladimirs, originaire de Lettonie, est décédé le 18 novembre 2015 sur le Boulevard Pershing, dans le 17ème arrondissement. Il avait 49 ans.

Lorsque nous apprenons son décès, nous connaissons déjà son identité, malgré le fait qu’il ne soit pas encore formellement identifié. Ce récit rapportera seulement notre parcours à travers son quartier pour tenter d’en savoir plus sur lui.

24 novembre 2015

Nous nous rendons dans le 17e poser quelques affiches avec des roses. Sortie de métro porte Maillot, immeubles, grands bâtiments, sortie de périphérique … nous mettons un certain moment à nous repérer et trouver le boulevard. Il dormait au pied d’une grande banque à l’angle du boulevard ; le rez-de-chaussée de grands appartements.

tour diaboliqueEn face, le Palais des Congrès, la route, des flux de voitures continus. Nous posons quelques affiches sur les arbres aux alentours de la banque, et une sur le trottoir en face, près d’un fleuriste. L’endroit ne nous semble pas accueillant. Les yeux levés vers le Palais des Congrès, derrière toute cette circulation de gens et voitures pressés, nous ressentons une certaine froideur, une oppression.. que peut-être Vladimirs ressentait aussi.

30 novembre 2015

Quand nous arrivons devant le fleuriste où nous avions laissé une affiche, nous remarquons qu’un employé est en train d’essayer d’arracher les rubans attachant l’affiche. Nous allons le voir pour lui demander de ne pas l’enlever et essayer de lui expliquer ce nous faisons. Il nous répondra seulement que « ce n’est pas beau », bien que nous remarquons d’autres fleurs que les nôtres accrochées à l’affiche, qui viennent sûrement de sa boutique… Nous la remettons en place et allons voir les autres, qui subissent également l’épreuve du temps.

1 retouch

Une des affiches restante quelques semaines plus tard.

Madame L., une habitante du quartier qui était rentrée en contact avec le Collectif, nous rappelle et nous propose de passer la voir chez elle maintenant. Nous rencontrons une femme très aimable et qui semble particulièrement touchée par la disparition d’un homme qu’elle voyait très régulièrement dans le quartier. Nous en discutons autour d’un café qu’elle nous sert gentiment. Elle ne connaissait pas son prénom nous ne sommes donc pas sûrs qu’il s’agisse de Vladimirs.

Elle nous raconte qu’ils étaient une bande de trois copains au départ mais que depuis début 2015 ils n’étaient plus que deux. Parmi eux, Marek et Maciek. Malgré la ressemblance physique, les divergences dans nos informations et les siennes lui laisse penser que la personne qu’elle connaissait devait être Maciek. Nous nous échangeons nos mails en lui proposant de lui envoyer la photo et de la tenir au courant de notre avancement. Elle nous répondra plus tard qu’effectivement, elle ne connaissait pas Vladimirs.

41 avec bruitNous nous rendons dans une supérette qu’elle nous indique, plus loin sur le boulevard. Le patron nous confirme avoir bien connu Maciek mais que le nom de Vladimirs ne lui dit rien. Il nous renvoie alors vers « Milou », un SDF belge faisant la manche devant un autre supermarché à quelques mètres de là qui connaissait également Maciek.

Sur le chemin, nous abordons un autre SDF, il ne s’agit pas de Milou mais il connaissait Vladimirs et sa bande. Après avoir un peu discuté avec lui, il nous indique Milou, qui se trouve juste en face.

Sympathique et bavard, il garde les chiens de personnes allant faire leurs courses, en échange de quelques pièces. Il les connaissait bien. Il nous dit que Vladimirs était là depuis 4 ans et que récemment il a fait un court séjour à l’hôpital. Selon Milou, il souffrait de plusieurs maladies et il avait les jambes gonflées. Il nous indique un cabanon près du périphérique où vivent deux russes et où Vladimirs aurait habité au moins un mois.

De nouveau en chemin, nous suivons à la lettre les indications de Milou et arrivons devant le cabanon un peu caché surplombant le périphérique, qui semble plutôt bien aménagé et confortable. Mais il n’y a personne, nous nous arrêtons donc là pour la journée.

Nous repassons quelques semaines plus tard dans le quartier prendre des photos, et retournons à la cabane, toujours sans y rencontrer personne.

À l’heure où nous écrivons cet article, son corps n’a pas encore été inhumé et est toujours à l’Institut Médico-Légal. Avec l’aide de la mairie du 17ème nous avons appris qu’il était bien originaire de Lettonie et que l’IML devrait rentrer en contact avec le consulat pour retrouver sa famille.

Périph

 

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