Stanislaw

Stanislaw était un homme polonais de 55 ans qui habitait les rues de Paris. Il est décédé le 17 novembre 2015. Récit de l’accompagnement de ses proches jusqu’à son rapatriement en Pologne.

23 novembre 2015

Nous apprenons le décès d’un homme de 55 ans, Stanislaw F. d’origine Affiche et drapeaux francaispolonaise dans le 14ème arrondissement, en face de la caserne des pompiers. Nous allons poser quelques affiches sur les arbres du quartier. Nous rencontrons des copains à lui qui sont installés sur le trottoir à quelques mètres d’où Stanislaw est décédé. Nous parlons un peu avec eux et leur expliquons notre démarche mais la communication est difficile. Nous comprenons quand même que Stanislaw était en France depuis 17 ans et qu’il avait de la famille en Pologne, une femme et deux fils. Il ne se plaignait jamais et paraissait en bonne santé. Ils nous demandent la date des funérailles que nous ne connaissons pas encore. Nous repasserons les voir quand nous en saurons plus. Après un petit tour des commerçants du quartier, qui le connaissent de vue mais n’ont pas grand-chose à nous apprendre, nous repartons.

 

07 décembre 2015

Nous apprenons qu’un hommage à Stanislaw sera rendu à l’Institut Médico-Légal le lendemain, nous imprimons donc un petit mot l’annonçant et partons dans le 14e pour le joindre aux affiches qui sont restées sur les arbres. Nous cherchons ses amis, l’un dort sur le trottoir, nous ne voulons pas le déranger et décidons de repasser plus tard. Le soir, nous recroisons ses deux amis qui ont vu l’annonce de l’hommage, et qui semblent très touchés, plus que la dernière fois. L’un d’eux nous dit qu’il veux amener des fleurs mais qu’il n’a pas pu en acheter. Nous lui proposons donc d’en ramener pour lui le lendemain à l’IML.

Arbres

08 décembre 2015

Sous la pluie, nous arrivons devant l’Institut Médico-Légal avec un bouquet de fleurs colorées. A l’arrière du bâtiment, dans la salle d’attente, une dizaine de personnes attendent que la chambre mortuaire soit ouverte pour rendre un dernier hommage à Stanislaw avant son rapatriement en Pologne.

Dans la chambre mortuaire, nous voyons pour la première fois à quoi ressemblait Stanislaw.

Nos émotions sont partagées entre la culpabilité d’être probablement passés plusieurs fois devant cet homme sans jamais n’avoir prêté une réelle attention à lui et la profonde tristesse que nous pouvions voir chez ses amis que nous accompagnions.

Après avoir déposé notre bouquet au pied du cercueil, nous laissons ses proches se recueillir en nous retirant à l’extérieur de la chambre.

Une femme, un enfant dans un bras, un téléphone dans l’autre main, attendait apparemment une autre personne, et tentait désespérément de faire retarder le départ du convoi, pour qu’elle puisse venir se recueillir. Malheureusement l’employé de l’IML était clair, le temps de recueillement ne pouvait pas être prolongé.

Suite à la demie heure de recueillement, le cercueil est refermé et porté jusqu’au corbillard polonais stationné devant le bâtiment.

Après le départ du convoi, nous saluons ses amis,  avant de repartir sous la pluie vers le métro, la gorge nouée par les émotions.

04 janvier 2016

Nous retournons sur les lieux pour prendre quelques photos. Deux de nos trois affiches ne sont plus là mais une reste, attirant toujours le regard des passants, à quelques mètres d’où Stanislaw est décédé et où ses amis demeurent toujours…

A 2 pas

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3 réflexions sur “Stanislaw

  1. Bouteloup Loic dit :

    Lorsque je participais aux cérémonies pour les obsèques de nos frères de la rue je me rappelle que le Maire de Rezé les Nantes assistait à celles-ci avec son épouse lorsqu’un décès d’un sans toit survenait sur sa commune et je trouvais cela bien, la maire de Paris serait inspiré de prendre cela en exemple.

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  2. Chaimi dit :

    Sans nouvelles de stan depuis plusieurs semaines je n’avais pas imaginé le pire . Merci d’avoir mis cette pancarte ! c’est important que ces tragédies humaines soient visibles car ce sont des êtres humains et pas seulement des chiffres !!! La dernière fois que je l’ai salué , il avait été agressé par des jeunes du quartier qui s’en sont pris à lui violemment alors qu’il dormait dans sa tente ! Je me souviendrai toujours de son sourire quand il me voyait arriver vers lui ; il me parlait souvent de ses années dans la légion étrangère pour la France de ses enfants … Merci pour ce récit en sa mémoire .

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