Tahar

Tahar, un homme d’une soixantaine d’années, vivait à la rue. Il y est mort le 25 septembre sur la place Jacques Duclos à Montreuil.

Mis à part son prénom, nous n’aurons malheureusement pas réussi à en savoir beaucoup plus sur son histoire et ces quelques lignes n’exposent pas le parcours entier de Tahar, mais seulement le nôtre, essayant de connaître le sien.

C’est grâce aux riverains du quartier que nous avons pu tout de même reconstituer une petite partie du puzzle de sa vie.

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19 octobre 2015

Après avoir mis des affiches dans le quartier, nous questionnons les commerçants dont il était apparemment connu, et les passants ; ils nous racontent qu’il était à Montreuil depuis 2 ans et s’appelait Tahar. Nous ne pouvons pas encore être sûr à ce stade que ce soit bien de lui dont il s’agit.

Solitaire, discret, il ne demandait rien à personne et ne faisait pas la manche. Il faisait des allers/retours entre la bouche de métro et la place Jacques Duclos.

D’après les riverains, il a refusé d’être emmené par les pompiers la veille de son décès.

Nous recevons quelques mails de personnes pensant le reconnaître mais qui finalement ne parlent pas de Tahar.

 

02 novembre 2015

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Quelques jours après, un bouquet fleurit une des affiches

Il fallut attendre plusieurs semaines après la pose des premières affiches avant de recevoir l’appel d’une personne souhaitant rester anonyme qui nous apprend qu’il s’agirait bien de Tahar, qu’il aurait habité dans un hôtel n’existant plus dans la rue du Capitaine Dreyfus, anciennement la rue du Général Gallieni, dont le patron est maintenant le patron d’un bistro à Montreuil. Il nous apprend également qu’il aurait retrouvé un logement, mais dont il aurait été mis à la porte pour facture impayée…

Nous notons toutes les informations dont nous avons besoin et nous rendons sur place pour rencontrer ce patron de bistro. Nous ferons plusieurs allers-retours dans la matinée, une employée nous indiquant qu’il devrait être présent entre 11h et 13h, mais n’arriverons pas à le voir le premier jour. À la place nous nous rendrons quand même à la rue de l’ancien hôtel que l’anonyme a mentionné (après quelques recherches d’un hôtel qui n’existerait plus à Montreuil…). Vitrine du rez-de-chaussée close, des habitations plus haut, la plupart des volets fermés. Un restaurant japonais sur sa droite. Une riveraine sort de l’immeuble, nous l’interpellons poliment, et lui demandons si elle en saurait un peu plus sur l’histoire de l’hôtel. Elle nous dit habiter dans cet immeuble depuis seulement 5 ans, et que tout ce qu’elle peut nous apprendre est que l’hôtel a fermé il y a 18 ans de cela. Nous prenons quelques photos et partons.

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L’ancien hôtel où Tahar aurait séjourné il y a une vingtaine d’années.

03 novembre 2015

Nous avons plus de chance le lendemain matin, et rencontrons le patron du bistro. Quand nous arrivons et nous présentons, nous commençons à poser des questions à propos de Tahar mais il semble d’abord sceptique, méfiant – peut-être ne nous lui inspirons pas confiance, ce qui est compréhensible – et nous répond ne pas savoir de quoi nous parlons ; une autre personne présente dans le bistro le reprend en se remémorant Tahar, un ancien habitant de l’hôtel. Le patron se souvient alors et nous dit le connaître, parlant de lui au présent. Il parle de lui comme étant toujours dans le quartier depuis 17 ans et vivant dans le coin. Il nous emmène en dehors du bistro et nous fait traverser la rue ; nous marchons quelques pas jusque devant la façade d’un petit hôtel ; il vivrait ici, toujours au présent selon les formulations du patron qui nous parle de lui comme s’il lui avait parlé encore hier…

Il nous informe que nous pouvons revenir le voir quand nous voulons si besoin, nous le remercions de son aide précieuse avant qu’il ne reparte à son bistro.

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Le second hôtel, où Tahar aurait habité plus récemment.

Nous restons un moment devant l’hôtel, notons les informations que nous venons de récolter puis tentons d’en savoir plus sur cet endroit. Nous ne pouvons ni rentrer, ni sonner. Par moment, des habitants sortent sur le pas de la porte prendre l’air. Nous leur parlons un court instant pour essayer d’en savoir plus sur Tahar mais personne ne le connaît. En nous renseignant un peu plus nous apprenons que c’est un hôtel social. Information précieuse car cela veut dire qu’il est passé par un service social et qu’il est recensé quelque part. Nous allons donc à la mairie pour essayer de prendre contact avec le CCAS de Montreuil. La mairie va nous renvoyer dans un bâtiment un peu plus loin. Arrivé au bon endroit, nous patientons dans une salle d’attente du CCAS afin de poser nos questions. Ambiance silencieuse et administrative… c’est enfin notre tour. Mal à l’aise devant cette administration froide et distante, l’accès à ces informations nous sera refusé, et la personne nous indique qu’il faut écrire une lettre au maire…

Nous transmettons donc nos informations au service de police qui a sollicité le collectif, et nous retrouvons à nouveau dans une impasse.

 

Il nous faudra attendre quelques semaines avant d’obtenir des nouvelles d’un brigadier, qui a pris contact avec le CCAS de Montreuil, mais pour apprendre avec regrets qu’ils n’ont en fait aucunes informations sur Tahar ou qu’elle sont trop anciennes pour être communiquées.

Dans une impasse totale, nous devons nous arrêter là, sans plus de détails sur son parcours les mois précédant son décès, sans savoir où, ni comment il vivait, sans connaître son nom, ou savoir s’il avait de la famille…

Tout ce que nous auront appris c’est que Tahar était un homme aimable, gentil, discret, qui ne dérangeait personne, et qui ne demandait pas d’aide, la refusant même parfois.  Et qui fut tué par la rue.

 

Si vous le connaissiez ou si vous souhaitez nous parler de lui, n’hésitez pas à nous contacter, nous restons dans l’espoir d’en apprendre plus.

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2 réflexions sur “Tahar

  1. marie dit :

    Merci de ce patient travail d’enquête pour tenter de retrouver l’être humain qu’a pu être Tahar, pour qu’il ne soit pas juste englouti par l’invisibilité de la rue…

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  2. mounira Yagoubi dit :

    Bonjour, j’habite Montreuil et j’ai remarqué votre affiche qui m’a fendu le coeur.Je ne sais pas s’il s’agit du meme homme mais je croisais parfois un homme pale,1m65 environ, a l’air fatigué, a la barbe blanche, qui portait doucettement ses petites courses et habitait l’hotel social que vous évoquez:Cela fait un moment que je ne croise plus.Il avait l’air si solitaire, je n’ai jamais osé l’aborder.Si vous poursuivez vos investigations,il y a rue de l’Eglise un magasin de fruits et légumes tenu par une fratrie qui connait bien les habitants du quartier. Bravo et merci pour votre action qui redonne de l’humanité a nos rues et a nos vies. Que tous ces morts anonymes reposent en paix.

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