Andrej

Andrej, originaire de Pologne, est décédé le 28 juillet 2015 à l’âge de 60 ans. Il a trouvé la mort dans le 13ème arrondissement, qu’il fréquentait depuis de nombreuses années. C’était un homme agréable, éduqué, calme et visiblement apprécié par les habitants de son quartier.

Vendredi 14 Août 2015  :

Il est tôt, nous nous retrouvons dans un café boulevard Vincent Auriol, près de la station Quai de la Gare. Nous explorons les alentours… Entre les murs de plusieurs bâtiments, nous trouvons un parc isolé, le jardin James-Joyce. Peut-être lui arrivait-t-il de dormir là ?

Nous avions appris qu’à l’annonce de sa mort, les habitués du boulevard Vincent Auriol avaient spontanément transformé le banc sur lequel Andrej passait le plus clair de son temps en un lieu de recueillement éphémère. Notre expédition n’était donc que le prolongement d’un premier hommage qui avait déjà été rendu à cet homme.

Nous nous rendons à proximité dudit banc, face à Franprix, afin de poser une première affiche. Une jeune employée du magasin d’en face est à l’extérieur. Elle fume. Nous interrompons sa pause puis nous présentons nos excuses pour l’impolitesse de ce geste avant de lui poser quelques questions. « Il était installé ici depuis 5 ans. Ces derniers temps, il se déplaçait moins et se laissait aller ».
Elle nous le décrit comme un homme tranquille et peu loquace. « Il n’a jamais posé de problèmes ». Sa fille et son épouse vivraient en Pologne. Comme souvent, le consulat n’a pas retrouvé leur trace… 

Victime d’une agression la veille de son décès, il respirait difficilement et était blessé à la tête. Alertés par les employés du magasin, les pompiers sont intervenus… Mais Andrej, ne voulait pas se rendre à l’hôpital, de peur de se faire voler les dernières affaires qui étaient encore en sa possession. Plus tard, nous apprendrons qu’il s’était fait dérober son sac peu avant sa mort.

Nous ne répèterons jamais assez que vivre à la rue tue. Et les agressions physiques ne sont qu’un fragment parmi d’autres des difficultés auxquelles font encore face trop de gens.
Affichage
Nous remercions l’employée qui a pris le temps de parler avec nous, puis nous nous rendons chez un fleuriste à proximité. Nous choisissons – modeste témoignage de respect – un pot d’hortensias rouges parmi les centaines de variétés de végétaux disponibles… Nous retournons sur le boulevard pour installer une seconde affiche sur un arbre. Nous posons les hortensias à sa base.
Métro quai de la gare : peu de personnes circulent dans les rues. Nous
repartons, en espérant recevoir d’autres témoignages les jours suivants.

Mercredi 19 Août 2015 :

Les jours suivant notre affichage, comme nous l’avions espéré, plusieurs témoignages nous parviennent par téléphone ou par mail… En cette période estivale, de nombreuses personnes parties en vacances apprennent le décès tardivement. Tous paraissent émus par la disparition d’Andrej, « l’homme grand aux beaux yeux bleus ». Tous nous parlent de sa gentillesse, certains regrettent de ne pas l’avoir mieux connu : « Il était gentil… On aurait aimé l’aider ».

Une des autres riveraines nous dit l’avoir déjà vu partir en car, durant l’hiver, certainement pour passer une nuit en centre d’hébergement. Il ne demandait jamais rien, mais plusieurs riverains l’assistaient occasionnellement, d’une manière ou d’une autre.

Il faisait partie du quotidien de chacun : celui de cet employé de la voirie de la Ville de Paris, très touché par sa disparition (au point de venir nous rencontrer au Collectif les Morts de la Rue), qui le voyait chaque matin pendant son travail et à qui Andrej avait gentiment appris quelques mots en polonais ; celui de ces deux jeunes punks, émus, qui se sont recueillis, sur le banc qu’il avait tant occupé, en sa mémoire.

Nous informerons ceux qui le désirent de l’organisation de ses funérailles.

banc

Adieu, Andrej.

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7 réflexions sur “Andrej

  1. Roux dit :

    Mais oui. Nous le connaissions. C’était un contact quotidien. Au point que la vision de celui qui s’est ‘installé » presque à sa place est difficile à voir.

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