Jacek

Nous ne connaissons pas Jacek Kobusinski.

Nous ne l’avons jamais rencontré, et nous ne saurons sans doute jamais rien de lui.

Les quelques lignes qui vont suivre ne relateront pas son parcours, pas plus qu’elles n’exposeront les relations qu’il a pu avoir avec son voisinage. Ce texte ne sera que l’humble témoignage d’une démarche de recherche stérile, mais génératrice de rencontres estimables.

Jacek a trouvé la mort le 28 mai 2015. Il était hospitalisé dans le 10ème arrondissement depuis deux jours.

Il avait 48 ans et était originaire de Pologne.

Nous savons qu’il avait fait un malaise près du 10 passage Hébrard avant d’être transporté à l’hôpital. Était-il un habitué de ce quartier, passait-il là par hasard ? Nous ne disposions d’aucune information… nous rendre sur place était l’unique façon de le découvrir…

Mercredi 8 juillet 2015

Arrivés (tant bien que mal) sur les lieux, nous effectuons, comme à l’accoutumé, notre travail d’affichage : « Si vous le connaissiez, si vous disposez d’informations permettant de lui rendre hommage, merci de nous contacter ».
Une riveraine nous interpelle ; elle évoque la présence d’un groupe de polonais dans les environs, mal perçus du fait de leur alcoolisation cyclique : « Il était peut-être l’un d’entre eux ». Un exposé sur les dangers de la boisson plus tard… cette passante prend congé de nous et reprend son chemin.

Nous nous dirigeons vers le premier lieu de rendez-vous de ce groupuscule : nous ne trouvons personne. Nous fixons une seconde affiche avant de partir vers la place Sainte-Marthe, où nous entendons les voix de trois hommes qui discutent en polonais, une bière à la main. Décidant (après mûre réflexion) de nous immiscer dans leur conversation, nous leur demandons s’ils parlent français. L’un d’eux, grand, mince, cheveux longs et yeux bleus, nous répond par l’affirmative. Nous évoquons le décès de ce nouveau mort de la rue, et lui tendons l’affiche, notre prononciation du nom « Jacek Kobusinski » laissant à désirer. Les trois polonais échangent quelques mots dans leur langue natale, puis notre interlocuteur de reprendre notre interlocution :

– Savez-vous d’où il venait en Pologne ?
– Non…
– Avait-il des compagnons polonais ?
– Nous n’en savons rien…
– Avez-vous retrouvé des membres de sa famille ?
– Pas encore…
– Mais alors… vous ne savez rien ?
– C’est-à-dire que…

Gino – c’est son nom – nous adresse un regard mi compatissant, mi atterré. Il ne connaissait (malheureusement) pas Jacek, mais propose néanmoins de nous aider dans notre quête d’informations.
Saluant ses amis, notre co-équipier providentiel nous indique qu’il jouit d’une domiciliation administrative octroyée par l’association Entraide & Partage, dont les locaux sont situés à deux pas de la place.

« S’il fréquentait le quartier, il était sûrement là-bas ».

Nous suivons Gino jusqu’au lieu susmentionné. Dans son infinie gentillesse, il explique aux bénévoles le motif de notre venue. Nous prenons le relai, présentons le collectif puis expliquons la situation.

Nous sommes invités à patienter. Notre guide prend la décision d’attendre avec nous.

D’un naturel calme, Gino se révèle extrêmement sympathique. Nous discutons tour à tour du collectif, des circonstances qui l’ont mené à la rue, de la Pologne, de nos bières préférées… Il nous révèle, l’air mélancolique, qu’il essaye de reprendre contact avec sa fille ; nous lui offrons, aussi modique que cela puisse paraitre, tout notre soutien.

Un autre usager de l’association suit notre conversation. Nous évoquons Jacek, il ne le connait pas. Les deux hommes parlent un instant en polonais, le ton semble monter, puis s’apaiser… Ils rient. Notre nouvel interlocuteur s’appelle Carlos. Il nous explique qu’il a travaillé un temps en Pologne, « avant la chute du mur ». S’il ne connaissait pas la personne sur qui nous enquêtons, il nous indique tous les points de rassemblement des polonais de la rue à Paris. Doté d’un accent unique, employant, malgré ses quelques fautes de grammaire, un vocabulaire soutenu, il nous enjoint d’accepter toute l’aide que Gino pourrait nous offrir.

« Il sera votre mentor dans ce épopée ».

Le président de l’association nous reçoit. Nous lui exposons les faits dont nous disposons, il consulte sa base de données.

Aucune trace de Jacek.

Avenant, il accepte que l’on installe notre ultime affiche dans les locaux d’Entraide & Partage. Nous n’aurons, malheureusement, aucun retour.

Gino nous accompagne vers l’extérieur. Il nous explique qu’il est souvent présent dans le quartier. Nous lui promettons de lui rendre visite la prochaine fois que nous nous rendrons sur les lieux.

« Mon aide tient toujours ».

Merci Gino.

Jacek Kobusinski demeure un inconnu. Nous savons qu’il avait un compagnon de rue du nom de Chergot, dont nous ne parvenons pas à retrouver la trace. Si d’aventure, vous connaissiez Jacek, si vous souhaitez nous parler de lui, n’hésitez pas à nous contacter.

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